Traités inégaux avec la Chine

Suite aux expéditions portugaises du début du XVIe siècle dans l’Océan Indien et vers les mers d’Extrême-Orient, les Européens avaient mis le pied sur les côtes chinoises pendant une longue période. En 1557, les Portugais se sont établis à Macao et y ont fait du commerce. Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, le commerce régulier entre la Chine et les puissances maritimes européennes s’est établi. Les navires français, anglais, néerlandais et espagnols achetaient du coton, de la soie et de la porcelaine « bleue et blanche » en échange d’argent, un matériau rare en Chine. La portée des échanges « vers la Chine » restait néanmoins trop limitée pour susciter une réaction politique majeure dans l’Empire du Milieu.

Au cours du XIXe siècle, la perception de la Chine a considérablement évolué en Occident, dont l’essor économique et industriel a favorisé la diffusion des doctrines libérales, et repoussé les frontières du Vieux Continent. Le développement des sociétés géographiques, des expéditions exploratoires et des missions religieuses ont ouvert de larges horizons aux Européens.

Au cours des années 1839-1840, l’apparition de technologies qui ont révolutionné l’industrie navale, telles que l’utilisation de l’acier et de la vapeur, a entraîné un raccourcissement substantiel des voyages par voies maritimes. Le trafic maritime a joué un rôle majeur et la mise en place de sites de soutien naval est apparue comme une nouvelle priorité stratégique pour les amirautés européennes. Enfin, de nouvelles régions étaient désormais à la portée du commerce européen, les hommes d’affaires occidentaux ayant désormais les yeux rivés sur le gigantesque marché potentiel qu’était l’Empire du Milieu. Ce sont les Britanniques qui ont pris l’initiative d’ouvrir le marché chinois par la force, non seulement pour décharger les stocks d’opium produits en Inde, mais aussi pour imposer leur libéralisme économique et laver les affrontements répétés à leur diplomatie.

Les deux guerres de l’Opium

En juin 1840, quarante navires britanniques transportant 4 000 redcoats arrivent au large des côtes de Canton. Ils s’emparèrent de Hong Kong et de Macao, qu’ils fortifièrent et utilisèrent comme base pour dévoiler des canonnières, des navires hautement armés dont les fonds plats leur permettaient de remonter les rivières et de mener des opérations avec une puissance de feu écrasante. C’est à bord de l’un de ces navires que les envoyés du « Fils du Ciel » ont signé le traité de Nankin le 29 août 1842. La Chine cède Hong Kong à la couronne britannique et ouvre au commerce cinq de ses ports du sud, dans lesquels les sujets britanniques auront désormais le droit de résidence. La Grande-Bretagne s’octroie le statut de nation favorisée mais n’obtient pas de législation pour l’opium.

La paix fut de courte durée. Ces traités, qui abolissaient en réalité la souveraineté chinoise en matière de commerce et réduisaient son intégrité territoriale, n’étaient pas appliqués par la Chine, qui continuait de restreindre l’accès des marchands étrangers. Par crainte de tomber sous l’influence britannique, le gouvernement impérial accorda deux ans plus tard des privilèges similaires aux États-Unis et à la France. Pour contrer les ravages toujours terribles de l’opium au sein de sa population, les fonctionnaires chinois traquaient les toxicomanes, qui se comptent maintenant par millions. Les Européens et les Américains ont exigé l’ouverture du commerce vers le nord et l’intérieur de la Chine. En 1856, des soldats chinois s’emparèrent d’un navire battant pavillon britannique et confisquèrent sa cargaison de drogue. Les entrepôts des Européens sont pillés et incendiés, tandis que les missionnaires sont massacrés, dont le prêtre français Chapdelaine. Londres et Paris décidèrent d’une nouvelle expédition militaire, encerclant Pékin le 13 octobre 1860. Les troupes britanniques ont brûlé le Palais d’été pour venger l’exécution de prisonniers. Les Russes et les Américains sont intervenus à leur tour pour défendre leurs propres intérêts face à la résistance chinoise. L’empereur chinois, Xiafeng, a été contraint de concéder l’ouverture de onze nouveaux ports, principalement dans le golfe de Corée, ainsi que l’élargissement des concessions de Hong Kong et de Shanghai. Les Britanniques ont obtenu l’autorisation pour le commerce de l’opium, les Français ont obtenu la liberté et la sécurité de leurs missionnaires, et les Russes ont agrandi leur territoire grâce à la rétrocession par la Chine de la province maritime, où ils ont entrepris la construction de Vladivostok.

L’expansion des concessions

L’ouverture de la Chine semblait achevée au lendemain des deux guerres de l’opium. Les puissances étrangères avaient assuré leur présence continue dans l’Empire du Milieu, qui était extrêmement affaibli par des révoltes substantiellement importantes. La Rébellion Taiping (1851-1864), un soulèvement extrêmement sanglant et révolutionnaire, et la rébellion Nian (1851-1868) ont cherché à renverser la dynastie Qing, tandis que la rébellion des Boxers (1899-1901) était menée par des sociétés secrètes opposées aux colons étrangers. Ce dernier a détourné l’attention du gouvernement chinois des puissances étrangères, favorisant ainsi la pénétration occidentale.

Le nombre de concessions n’a cessé de croître même sur le sol chinois, les puissances étrangères poursuivant leur expansion coloniale dans la région. L’Empire du Milieu est désormais attaqué sur ses bords : au Nord par la Russie, qui grignote des territoires en Mandchourie et en Asie centrale ; au Sud par la France, qui s’empare de l’État tributaire de l’Annam en 1885 ; et à l’Est par le Japon, qui s’empare de la Corée en 1895. La permanence d’une Chine unifiée a été très compromise au début du XXe siècle, alors que l’agitation interne grandissait, alimentée par la haine anti-occidentale.

À la veille de la Révolution chinoise de 1912, le gouvernement chinois accorda aux étrangers trente concessions dans quinze villes portuaires. Outre Hong Kong, les plus importants étaient désormais le territoire de la couronne britannique, avec la concession internationale de Shanghai, qui était conjointement gouvernée par les Britanniques et les Américains, et Canton, qui comprenait des quartiers britanniques, Français, Italiens, Allemands, Japonais et Austro-Hongrois. Tientsin (Tianjin), le port de Pékin, a vu coexister en son sein les administrations britannique, Austro-hongroise, Belge, Américaine, Française, Allemande et russe. Un quartier des légations a été créé à Pékin même en 1861, organisé selon les normes en vigueur dans les capitales étrangères. L’entrée en guerre de la République de Chine contre l’Allemagne en 1917 lui permet de récupérer une partie de ce territoire perdu. Jusqu’en 1945, la présence proactive du Japon a remplacé l’influence déclinante des Européens, qui ont rétrocédé la plupart de leurs concessions à partir de l’entre-deux-guerres.

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